Bonjour à tous,
une petite note de retour de voyage avant de faire (ou pas) un blog sur ma dernière aventure avec Nathalie M. Nous sommes parties à Rome 10 jours et j'ai bien failli y rester.
Jeudi matin, Nathalie quitte l'hôtel avant moi pour aller prendre son avion pour Marseille. A 10h, c'est mon tour de passer à la réception et de rendre les clés. Je fais les quelques dizaines de mètres qui me séparent de l'arrêt de tram avec ma valise. Un tram arrive tout de suite, c'est un moderne, youpi, pas besoin de soulever la valise. A Porta Maggiore, je descends pour prendre le tram 3 pour Piramide, qui arrive aussi tout de suite. Je pense "Wouha, ça se passe vraiment trop bien, ça va pas durer !" ... Je lance un dernier regard de touriste sur Rome, je passe devant le Colisée (dorique, ionique, corinthien et pilastre encastré) en lui souriant.
A Piramide, j'entre dans la gare pour prendre le train pour l'aéroport. Je croise un couple de français perdus et je leur explique comment rejoindre le quai pour Ostia Antica. Là, j'ouvre mon sac pour prendre mon porte-feuille. PAS DE PORTE-FEUILLE !!!
Je répète : PAS DE PORTE-FEUILLE !!!
Plus de carte d'identité, ni de carte bleue, ni d'argent liquide.
Je vide mon sac par terre, rien. J'étouffe un sanglot, je repars à l'hôtel. Peut-être qu'il est resté dans la chambre. J'appelle Nathalie pour lui demander le numéro de téléphone de l'hôtel. La facture est dans sa valise déjà partie à l'enregistrement.
Je reprends le tram 3, je repasse devant le Colisée (dorique, ionique, corinthien et pilastre encastré), je souris moins, mais j'ai encore espoir de trouver mon porte-feuille, de faire appeler un taxi et d'avoir mon avion à 13h25. Arrivée à l'hôtel il n'y a que la femme de ménage qui ne parle pas très bien anglais. Elle me dit qu'il n'y a rien dans la chambre. Là, c'est le coup de poing. Elle m'ouvre une chambre, me fait chercher partout dans ma valise, mais bien sûr, je ne trouve rien. Mon portable est presque déchargé, elle me laisse le charger et appeler ma mère dans la sud de la France.
Notre première réaction est de faire appel à ma famille éloignée dans le nord de l'Italie. Ses deux cousins Sandro et Enrico vont se mettre en 4 pour m'aider. Le premier m'envoie sans attendre déclarer le vol au commissariat, le second appelle ses amis sur Rome pour me faire rapatrier chez eux. Je vais donc à la questura du quartier pour porter plainte, en italien, parce que l'anglais "Un peu, mais parlez lentement." J'ai une pensée pour mon amie Claire, éditrice chez Asphalte, qui a sorti l'anthologie Rome Noir, qui fut mon livre de chevet pendant ce séjour. Du calendrier padre Pio, au drapeau italien tout effiloché accroché au mur, en passant par le fanion de la Lazio et le plâtre de la Lupa, ce bureau ressemble à un décor de série TV.
Je retourne à l'hôtel chercher ma valise, je croise la gérante qui me propose de m'appeler un taxi, mais je lui rappelle que je n'ai pas un sous en poche et que ça va être compliqué. Elle m'imprime un itinéraire google pour l'ambassade de France et je repars.
Une chose m'a sauvée pendant cette journée : ma carte de transport.
Nous avions acheté d'abord un Roma Pass de 3 jours qui nous permettait de prendre les transports, puis une carte hebdomadaire. Contrairement à la carte orange parisienne, la carte hebdo s'active au premier passage pour 7 jours, pas besoin donc de la prendre un lundi (sauf si ça a changé à Paris ?) et la mienne était valable du vendredi au vendredi, je l'avais dans ma poche, elle a donc été sauvée de la catastrophe. Même s'il n'est pas bien difficile de voyager en fraude dans le tram ou le bus, je n'avais pas envie d'ajouter des explications à ma situation en cas de contrôle.
Je dois faire un changement pour me rendre à la villa Médicis, je passe une troisième fois devant le Colisée (dorique, ionique, corinthien et pilastre encastré) et je n'ai plus du tout envie de lui sourire, je crois même lui avoir dit que je ne remettrai jamais les pieds dans sa ville de merde :( Ce trajet se passe bien, un libraire m'indique la piazza Farnese, la rue qui monte à l'ambassade est couverte de pavé sans joint, ma valise commence vraiment à peser lourd, mais je vois le drapeau français au bout et je me dis que peut-être mes soucis sont finis.
TU PARLES !!
L'ambassade est fermée au public, c'est le consulat qui reçoit, il est à quelques mètres, je sonne, on me demande si j'ai rendez-vous... J'explique ma situation à l'interphone, on m'ouvre gentiment, je vais au guichet, on me demande ce qu'on peut faire pour moi... Ben, c'est plutôt à vous de me le dire non ? On appelle à l'étage, on raconte ma situation, on demande si je peux être reçue, je monte, je rencontre une dame charmante, mais sa première phrase est "Nous ne pouvons pas vous avancer d'argent." Elle m'explique qu'elle peut me laisser appeler quelqu'un pour me faire envoyer un western union. Mais, madame, je n'ai pas de papier d'identité, je ne peux pas encaisser un western union. Je sais comment ça marche, j'ai déjà dû en demander un à ma mère en 2006 quand j'ai bloqué ma carte bleue à Tokyo. Elle retient comme un sourire. "Ha, vous êtes une habituée." De quoi ? De la lose ? OUI, merci de me le rappeler !
Je commence à sangloter sur son bureau, je me voyais sauvée et prise en charge, et en fait, à part me laisser téléphoner, charger mon portable et utiliser internet on ne me proposera pas grand chose. Même pas un verre d'eau que je n'ai pas osé demander. J'avais le sentiment d'être un dossier pour des gens qui en ont vu de pires. Gros chagrin. Pendant ce temps, mon cousin Enrico lui, n'en perdait pas ! Le téléphone de la dame sonne, et je l'entends dire oui, je suis avec elle, oui, je prends l'appel. C'était lui ! Je ne sais pas trop ce qu'il lui a dit mais elle finit par me dire "Vous voulez lui parler ?" En bref, il a essayé de trouver quelqu'un pour m'emmener en voiture, mais aucun de ses amis n'est en ville. Et son collègue qui devait faire un transport est déjà parti et à mi-chemin, il ne peut plus venir me chercher. Mon cousin travaille pour les pompes funèbres, j'ai donc failli traverser le pays en corbillard... Ok, ça, ç'aurait été LA classe !! Un corbillard, venir me chercher au consulat de France, j'en crève de déception !!! Il me donne le code du mandat western union qu'il a déjà fait à mon nom. Je lui explique le problème de la carte d'identité, il me demande si j'ai le PV du commissariat et qu'avec ça je vais chercher mon mandat, que si le bureau ne veut pas me le donner qu'il les appellera et que ça va barder ! Que je dois prendre le premier train pour Gênes ou Imperia et qu'il viendra me chercher là, point ! Je raccroche.
La dame de l'ambassade me dit que si quelqu'un a une copie de ma carte d'identité ou de mon passeport, je peux me la faire faxer, je cherche et je me souviens que je l'ai envoyée à ma mère il y a quelques mois, le mail doit toujours être dans mes archives, je me logge sur Gmail et je cherche. Et NOM DE DIEU que ce fut long !!! Avez-vous idée de la quantité de mails que j'ai pu échanger avec la mère en 6 ans ??? Au bout de longues minutes je trouve le putain de jpg de merde et on me l'imprime ! Je trouve un train pour Gênes au départ dans une heure et demi, j'essaye de prendre le billet avec paypal mais super Maman a déjà fait opposition à ma CB (big up à mon banquier qui a tout fait au téléphone avec elle sans l'emmerder à lui demander qui elle était et autre !).
Je peux enfin quitter le consulat et chercher mon généreux mandat (mon cousin est taré !). On me conseille un cyber café à 10 min du consulat qui acceptera de me délivrer l'argent avec seulement une copie de ma CNI et mon PV "Il a l'habitude." Ouais... J'imagine... Je dois attendre un peu car une famille de touristes pingres négocient avec lui un tour de Rome en autocar dans un anglais plus qu'exotique. Soyons honnêtes, je commence à me lasser de tout et je suis assoiffée, je veux mes sous et partir à la gare !! Je récupère une brassée de billets (il a fallu couper un billet de 50 pour prélever la commission) que j'enfourne sans réfléchir dans mon soutien-gorge ! (Oui, ben 1/ j'avais plus de larfeuille et 2/ si quelqu'un essaye de me les tirer, j'ai plus de chance de le sentir cette fois !!)
A la première épicerie j'achète une bouteille de thé froid (replonge la main dans le soutif), je prends un bus direct pour Termini (la gare de Rome) en serrant ma valise et mon sac à dos qui contient mes nouveaux papiers d'identité. Et comme toujours, je me vois sauvée. Presque, petite, presque... Je chale ma valise (qui prend 5 kg par 1/4 d'heure) dans le hall central, je contourne les machines automatiques parce que j'ai pas de CB, je vais au guichet prendre un ticket. Numéro 408, je lève la tête et je vois "on sert le numéro 315"
SANS RIRE !! J'ai pas fait de photo parce que j'avais vraiment pas envie de lâcher quoi que ce soit pour sortir l'appareil dans la foule, mais je ne plaisante pas !!!! J'avais 45 min avant le départ du train. Je respire et je retourne à une borne, je me dis que je peux toujours demander à quelqu'un de prendre mon billet et le payer en liquide quitte à lui laisser une commission (on devient généreux dans le désespoir !!) mais heureusement je trouve des machines qui marchent avec des espèces ! Je prends mon billet, je jette mon ticket de guichet avec superbe et je me traîne à la supérette acheter à manger pour le trajet.
A ce moment là, il est exactement 16h14, je n'ai rien mangé depuis 8h du matin, je n'ai pas pissé depuis 10h et j'ai bu quatre gorgées de thé froid qui m'ont filé la migraine glacée dans le bus. Je veux m’asseoir et pleurer. J'appelle Enrico pour lui dire que je serai à Gênes à 21h57. Il me promets d'être là et me souhaite bon voyage. J'attends l'annonce du quai sans lâcher ma valise ni mon billet, je prends enfin le train à 16h45. Un monsieur m'aide à monter ma valise à bord car je manque tomber en essayant. Le train est neuf et propre et presque vide. Une fois assise et le train parti je peux utiliser les toilettes et me poser à ma place. Je pensais fondre en larmes et dormir mais rien ne vient. Je traverse la campagne, Livourne, Pise, au moins 10 arrêts avant Gênes dans une nuit d'encre. Sur le quai, mon cousin et sa fille Tiziana me serrent fort dans leurs bras, ça fait des années que je ne les avais pas vus. Tiziana a un examen à la fac le lendemain, mais elle voulait absolument venir me chercher malgré l'heure et demi de route. J'envoie un texto à ma mère pour lui dire d'aller dormir, je suis en bonnes mains. Je ne vais pas dormir chez eux, en ville, mais chez la mère d'Enrico, Rosette, qui malgré ses 82 ans m'attend à la fenêtre depuis midi. Elle a absolument tenue à m'héberger, elle a cuisiné pour moi, de la viande, des pâtes, de la soupe et un flan au caramel... Elle a mis des draps et l'édredon dans le lit de ses parents qui est dans la chambre d'amis. Le matelas est en laine, le bois grince, je m'endors sous l'abécédaire au point de croix daté de 1905 fait par Caterina, la sœur de mon arrière-grand-mère, celle-là même dont je possède la médaille de baptême. Même pas une larme, rien à faire !
Impossible de faire la grasse matinée malgré les recommandations de Rosette, je me lève à 7h30. Ma grand-tante Lucie qui est en France est déjà au téléphone avec elle, elles ont presque le même page alors on ne lui a annoncé ma mésaventure que ce matin, en la rassurant sur mon état. Rosette me fait un macchiatto qui me brûle la gueule mais c'est la seule chose que j'arrive à avaler. J'attends ma mère qui va venir me chercher en voiture. Il fait moche, je voulais aller me promener, voir mon village mais je suis bien collée au fourneau à bois de Rosette sur lequel mijote le ragù. On fait la conversation en nettoyant les cardes pour le déjeuner (laissez tomber ! Vous en trouverez jamais et c'est tant pis pour vous, c'est trop bon avec du parmesan !). On se raconte nos voyages, c'est une globe-trotteuse ma tata ! Elle part encore en croisière avec Tiziana. D'ailleurs, si elle n'avait pas dû être opérée en urgences il y a quelques années, elles auraient été sur le bateau qui s'est échoué, le Concordia là ! Heureusement, je reste à ce jour, la membre de la famille qui a aura eu la pire Odyssée !!! Enfin, le membre vivant, on a un ancêtre qui était à San Francisco en 1906...

Ma pauvre, quel périple !
RépondreSupprimerLe commissariat de Naples qui est sur la place de la gare a tellement l'habitude des touristes désemparés qu'il parle super bien anglais et qu'il te laisse appeler ta banque pour faire opposition à la carte.
Contente de lire que au final, tout vas bien, mais quelle mésaventure! Des tas de bisous!
RépondreSupprimerBabette
hé bé voilà j'ai pas pleuré durant toute l'aventure, non la mésaventure plutôt :( et ben je pleure maintenant voilà et pourtant tu es saine et sauve ....... tanti baci cara mia ♥
RépondreSupprimerMam